Journal des Infirmiers

Lutter contre le complotisme

Le complotisme est le symptôme d’une maladie globale d’une société fracturée, estime Marie Peltier. “Depuis les années 2000, il y a eu une perte de repères pour comprendre le monde. Il y a un déclin des religions et un déclin des grandes idéologies politiques d’autrefois. Nous sommes dans une ère de polarisation, où les individus sont très paranos et méfiants, ce qui peut nous entraîner dans le complotisme, à des degrés différents”. 

Le complotisme a toujours été une une arme indéniable de propagande, de désinformation et de décrédibilisation. Le complotisme découle de l’extreme droite antisémite, mais il se caractérise également par une alliance entre l’extreme gauche et l’extreme droite, au nom de leur haine contre le système.

Selon les deux spécialistes, le complotisme est une opération d’embrigadement qui offre l’illusion, à l’instar des grandes idéologies, de pouvoir relier les individus et faire groupe face à un ennemi commun. Les complotistes sont des militants politiques, prêts à tout pour défendre leur vision du monde. Les complotistes ont un esprit critique dévoyé et exacerbé et ont pour habitude de traquer tous les détails, parfois de façon obsessionnelle, afin de trouver des éléments qui vont servir leur argumentaire qui vont dans le sens de leur postulat. 

Pour lutter contre le complotisme, les spécialistes assurent qu’il faut aller dans les écoles, dans les associations de quartier pour parler, de façon terre à terre, aux gens en leur expliquant comment cela se passe dans les médias et répondre à leurs interrogations pour démystifier les fantasmes entourant le métier de journaliste.

Il faut être transparent et traiter le problème en profondeur car beaucoup de complots reposent sur des fantasmes concernant les journalistes et les politiciens. Même si c’est un chantier qui peut durer des années, cela doit être la priorité si nous voulons une démocratie en bonne santé.

De plus, il faudrait réapprendre aux gens comment utiliser les réseaux sociaux, comment différencier les fausses informations des vraies. Il faudrait aussi avoir une réflexion sur les idées d’égalité et de tout ce qui suscite la méfiance, le ressentiment et la colère qui s’exprime à travers le complotisme. Il serait aussi judicieux de trouver un juste équilibre entre la liberté d’expression totale et la censure qui peut se révéler contre-productive. 

Selon Sebastian Dieguez, il est aussi bien d’avoir recours à l’humour, la satire et la moquerie, sans toutefois être humiliant, mais pour lui faire comprendre que le complotisme n’est pas “quelque chose de tout à fait normal”.

Ce qu’il faut, c’est offrir un autre récit qui fasse sens. Il faut mobiliser des gens sur l’idée que la démocratie en vaut la peine. Pendant des générations, nous avions conscience qu’il fallait se battre pour survivre en démocratie. Depuis 20-30 ans nous l’avons oublié car c’est considéré comme acquis, estime Marie Peltier. 

De plus, il faut vérifier d’où proviennent leurs sources d’information, qui parfois sont peu fiables. De plus, il est important, toujours selon Marie Peltier, de faire de la pédagogie, et de poser la question : pourquoi crois-tu à cela ? Quel est le cheminement qui t’a mené à cette vision du monde ? Une fois cela établi, nous pouvons conclure en affirmant ne pas être en accord avec la vision qu’il défend, tout cela en étant pas dans le jugement. 

Même si les complotistes sont très convaincus de leur vision du monde, il ne faut pas être dans le jugement en étant complaisant. II est important de relever le niveau d’exigence pour combler ce qui manque trop souvent aux débats. Les complotistes ont besoin d’être uniques et entendus, c’est une sorte d’appétit psychologique à se sentir originaux et à sortir du lot.

Il faut bien garder à l’esprit, qu’aujourd’hui, nous sommes dans une ère de polarisation extrême du débat où les individus deviennent paranoïaques, et où tout le monde peut basculer dans le complotisme à des degrés divers. Il est donc essentiel de tout faire pour éviter cela d’où l’importance de miser sur l’éducation à la pensée critique et sur la vérification de l’information afin de vaincre les fausses informations et les théories du complot. 

Raphaël DELAPRÉE

Laisser un commentaire