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infirmier psy en suisse

Témoignage d’une infirmière Suisse pratiquant des soins psychologiques

Je m'appelle Jeanne Durussel. J'ai 36 ans. J'ai commencé par faire une formation comme comédienne professionnelle. Puis, après quelques années, j'ai entrepris d'entrer à l'école d'infirmière. En effet, cela répondait à mon envie de travailler à la rencontre et la relation. J'ai terminé cette formation en 2012.

Je m’appelle Jeanne Durussel. J’ai 36 ans. J’ai commencé par faire une formation comme comédienne professionnelle. Puis, après quelques années, j’ai entrepris d’entrer à l’école d’infirmière. En effet, cela répondait à mon envie de travailler à la rencontre et la relation. J’ai terminé cette formation en 2012. Depuis le début, ce sont les soins psychiatriques et communautaires qui m’ont le plus attiré. Les questions éthiques et existentielles qu’ils soulèvent me passionnent.

J’ai travaillé d’abord dans un foyer accueillant des personnes en âge adulte nécessitant à la fois des soins somatiques importants et des soins psychosociaux (addiction, migration, HIV, diabète à un stade avancé…). Puis, j’ai découvert les soins à domicile en tant qui infirmière en Santé mentale. En suisse, nous bénéficions d’un système de soins à domicile public pluridisciplinaire (ergo, AS, infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de ménage, livraison de repas…). J’ai vraiment énormément aimé aller à la rencontre des patients dans leur environnement. Cela force à une relation plus équilibrée et horizontale. De plus, c’est magnifique de voyager d’un univers à l’autre et de collaborer avec tout le réseau de soins selon les situations. Quel apprentissage de vie !

En revanche, très rapidement, je me suis retrouvée confrontée aux limites d’une institution répondant aux exigences de rentabilité et d’efficacité des assurances maladie. Tout justifier, tout documenter, tout minuter. Souvent au détriment de la relation et du soin. C’est pourquoi, après quelques années et mon bagage, je me suis installée comme infirmière indépendante. En Suisse, cela est encore peu répandu, malgré une augmentation croissante que je constate autour de moi.

Je fais cela maintenant depuis 1,5 ans environ. Je suis associée à un collègue, ce qui nous permet d’échanger et de noue remplacer si nécessaire. Nous partageons également les frais (nous avons loué un cabinet pour y voir certains patients). Nos prises en charge sont médico-déléguées, mais en tant qui infirmiers en psychiatrie, nous avons tout de même une grande liberté pour évaluer les soins nécessaires et les réaliser.

Je travaille trois ou quatre jours/semaine, ce qui me permets le reste de du temps de me consacrer à ma famille ou à mes activités d’animation théâtrale.
Mes journées ne sont jamais pareilles : je me déplace en général pour voir 3-4 patients/jour. Je les vois chez eux, parfois à l’extérieur en marchant, selon les objectifs (sortir pour qqn de dépressif peut faire partie du soin, ou aller au magasin pour quelqu’un qui souffre de phobies). Je peux aussi adapter la fréquence à la situation (une situation de crise peut nécessiter plusieurs passages/semaine).
Je passe aussi beaucoup de temps à coordonner les soins. En effet, les intervenants ne communiquent pas souvent entre eux et mon rôle peut être d’établir ce lien, par exemple entre spécialistes, médecins généralistes et entourage ou autres intervenants.

J’ai beaucoup de plaisir, même si je constate souvent que notre système de santé ne considère pas assez la personne dans son ensemble et a tendance à segmenter les choses. Selon moi, la prévention n’est pas assez encouragée, ainsi que la prise en compte de l’environnement et l’insertion des plus vulnérables dans la vie « active »,un monde du travail de plus en plus compétitif. Cela me donne souvent l’impression de soigner plutôt des personnes victimes d’un système déshumanisant et uniformisant, plutôt que des gens véritablement atteints de maladie ou de troubles. En effet, de nombreuses personnes souffrent de solitude, de stigmatisation, d’angoisses…

La dimension sociale, communautaire et écologique me semble essentielle et j’essaie dans mon travail de favoriser au mieux les liens et les échanges.
Pendant la crise sanitaire, c’est compliqué, car la peur nous fait oublier l’importance de ces liens (parfois au détriment de la santé psychique). J’ai dû m’adapter et faire des entretiens téléphoniques.

A ce rythme et dans ce cadre, je peux encore m’imaginer continuer mon métier quelques années, tout en faisant de plus en plus correspondre ma pratique avec mes valeurs et développant de nouveaux outils. Je commence en effet une formation de thérapie narrative qui me semble promettre de belles remises en question des normes et des idées reçues concernant la santé psychique des individus.

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