« S’il est une forme de récurrences sémantiques qui m’amène souvent à m’interroger, c’est l’emploi du féminin pour définir la profession d’infirmier.
Dans les discours politique, dans la presse, et même certains représentants de la profession s’attachent à féminiser notre métier. Ce qui m’interroge c’est le pourquoi de cette utilisation du féminin.
Est-ce simplement numéraire ? Lorsque l’on sait que la population féminine représente 86,6% de la profession.
Y a-t-il un avantage à parler d’infirmières plutôt que d’infirmiers ?
Qu’est ce qui est véhiculé au travers de cette rhétorique ?

Je dois avouer que je mène cette guerre du changement de genre de notre profession depuis longtemps.
Récemment, étant interviewé pour la revue Actusions concernant l’après Covid j’ai livré une infime partie de mon argumentaire à la journaliste afin qu’elle parle de ma profession au masculin. M’expliquant qu’elle devait suivre la ligne éditoriale ; je ne pus retenir mon ambition de faire comprendre mon point de vue.
Pour moi, les mots ont un sens, une histoire, des préconçus ou complexions psychologiques véhiculées dans l’inconscient collectif…le mot « infirmière » est très chargé d’une histoire qui n’est pas toujours à son avantage et le choix de modifier le genre implique un changement, une fracture avec ce passé plus ou moins consciente pour celui qui lit ou écoute…L’emploi du genre masculin casse les codes et les préjugés en quelques sortes. Il facilite également la coopération interdisciplinaire notamment avec les médecins qui jusque-là étaient des hommes : (nous sommes dans une société patriarcale) mais dont le taux de renouvellement à la fac est entre 70 et 80% féminin.
C’est un procédé de communication très simple mais qui induit beaucoup de changements, de ressentis différents, c’est une forme d’induction …
Faut-il être féministe lorsque l’on évoque le sujet infirmier ?
-Non, je ne pense pas.
C’est pour moi l’écueil dans lequel il ne faut pas tomber…
Beaucoup, d’infirmiers hommes, lorsque l’on aborde le sujet plongent dans le féminisme comme pour se faire pardonner, de racheter, montrer leur magnanimité, leur grandeur d’âme…c’est de la facilité et contre-productif.
Le féminisme c’est du machisme au féminin avec comme circonstance aggravante la connaissance de cause.
En fait, c’est faire à l’autre ce que l’on n’aime pas subir. C’est un peu reprocher à un allemand de 2020, les méfaits de 39/45 …
Être féministe c’est, pour moi, une forme d’extrémisme : « girl power » me rappelle « white power » … Ainsi pour être plus juste il faudrait dire « je suis un égalitaire : je souhaite, je défends une égalité dans le traitement, le salaire, la valorisation, l’emploi…
Imaginez une association antiraciste qui ne défend que les personnes issues des minorités.
En général tout ce qui prône la tolérance est de facto biaisée et a déjà un pied dans le clivage…
Je reviens sur le sujet.
L’infirmier homme tient la place de la femme dans la société.
En service il doit en faire plus par ce qu’il est un homme, on lui attribue les patients lourds, agressifs, ou qui puent… et lui doit ne rien dire car il est un homme. En d’autres termes on lui reconnaît une supériorité physique mais comme c’est un milieu de femmes il doit Se taire. Nous sommes tous passé par là.

Pourquoi un médecin utilise le terme au féminin : parce que cela le sert bien, cela l’arrange en le mettant en position de patriarche qui donne des ordres ou des leçons à ses fifilles…
Je me souviens quand j’ai débuté en clinique, de nuit.
Lorsque je prenais mon poste on me disait (collègue féminine) « ne réveille pas l’anesthésiste il va te crever… »et de manière quasi systématique je l’appelais vers 3/4h du matin pour un problème nécessitant son raisonnement ou sa prescription…jamais je n’ai eu un mot de travers, ils étaient même courtois, alors que mes collègues se faisaient traiter de « connasse » ou « d’oie grasse ».
En fait, il savait qu’il y avait un Mâle de l’autre côté du combiné et inconsciemment ou non il savait que l’échange devait bien se dérouler afin d’éviter un conflit entre mâles qui pourrait déstabiliser son statut de dominant.
Il m’apparaît donc comme important de prêter une attention particulière à la façon dont on parle de notre métier.
Personnellement j’emploie toujours le masculin. Pas parce que je suis un mâle et que je me sens castré quand on emploi le féminin, mais plutôt parce que le terme infirmier véhicule de manière inconsciente cette puissance qui peut faire basculer le statut des autres professions notamment médicales.
De même, pour moi en parler au féminin induit automatiquement une soumission…l’échange entre Ide et médecin n’est plus équitable.
Dire « infirmier » implique forcément un rapport de force.
C’est plus facilitant pour défendre notre cause et être entendu notamment par les « toubibs. »
J’ai défendu ces propos devant des salles pleines et souvent de femmes lors de formation ou réunions, et même à contre-courant, une majorité entendait mon message alors que beaucoup au départ prenaient cela pour du machisme. Même certains médecins ouverts à la cause infirmière étaient d’accord avec mes arguments.

Récemment encore j’ai pu lire sur LinkedIn un article du journal « le point » intitulé : « les soignantes doivent faire leur révolution » de Martin Winckler : article dans lequel l’auteur défend la cause infirmière en féminisant la profession mais aussi et surtout, en les victimisant ce qui n’arrange rien d’un point de vue de la considération. Il peut être tentant de s’en contenter ou de s’en satisfaire : mais lisons entre les lignes ! Par l’emploi du féminin son écrit devient contre-productif et au lieu de rendre service à la profession, la dessert totalement…par contre il devient le « mâle protecteur », et obtient de fait le beau rôle en sa qualité de médecin. Vous savez maintenant, c’est la « grandeur d’âme » dont je parlais auparavant…
La facilité cela n’a jamais été bon …Nous devons changer les codes. Faire une rupture avec ce passé pas forcément glorieux et empreint de soumission de notre profession. Utiliser les bons mots en est pour moi l’un des moyens…
Interrogeant mon ami et mentor, Jean Gilles BOULA, philosophe contemporain (professeur à l’université de Genève, psychologue …) sur le sujet, voici sa réponse :
« (…)une profession est par définition évolutive et changeante et le langage est censé rendre compte de ce changement. Le langage crée une nouvelle réalité, à savoir que la profession ne peut pas se cantonner dans son quant-à-soi statiquement féminin. Et donc votre lutte consiste à rendre compte de cette évolution en instituant une nouvelle géographie lexicale comme dans toutes les évolutions des professions et des sciences(…) La langue comme créatrice ou institutrice d’un nouveau réel, ou d’une nouvelle réalité : c’est la fonction essentielle de la langue, c’est à dire, rendre compte de ces changements (…) »

Merci de m’avoir lu.

Bibliographie:
https://amp-lepoint-fr.cdn.ampproject.org/c/s/amp.lepoint.fr/2370795
Michel Nadot: « le mythe infirmier ou le pavé dans la marre! »2012, l’Harmattan.
https://www.cairn.info/publications-de-Michel-Nadot–109052.htm

Combien dinfirmiers en france au 1er janvier 2019


Jacques HORTE

Infirmier libéral DE 666661962,
Infirmier clinicien,
Infirmier praticien en consultation,
Attesté en Éducation Thérapeutique du Patient .
DU «prise en charge du diabète par l’infirmier »
Infirmier intégré au projet ÉQUILIBRES art 51.
Protocole de fragilité, step 1 et 2 .
Soignant/éducateur sur le programme 
«Cancer, traitement oral…,je gère. » 

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